L'Heautontimoroumenos
Une année de plus dans mes rêves utopiques. Deux années à rêver d’elle, à penser à elle tous les jours. 365 jours de plus à l’aimer, Elle, dans la chaleur de mes nuits. Avant mes nuits étaient glaciales, hantées par des songes incompréhensibles, dans le délire de mon être, les cauchemars de ma vie. Depuis que je la connais, depuis que mon amour s’est éveillé, tout est différent. Ce soir d’octobre, j’ai senti que tout serait différent. Depuis ce mardi matin, je sais que je l’aimerai jusqu’à l’automne de mes jours, l’hiver de mes nuits. Même si cet amour est voué aux métamorphoses, il sera toujours présent. En fait, il vaut mieux pour moi et mes vies que cet amour change. Si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais jamais pu recommencer à vivre. Je l’ai aimé plus que tout, de toutes mes tripes, elle était tout. Moi qui buvait, qui fumait vraiment trop et surtout qui n’avait plus de but, elle m’a donné des bases et j’ai construit mon présent, mon futur et même mon passé sur elle.
Mon présent c’était le bonheur absolu, sa présence, notre amour c’est tout. Elle était mon archétype du bien-être. Ma vie était devenu une espèce d’essence de bonheur, sa sève. Malgré cette ombre qui se profilait, rien ne m’inquiétait, je savourais enfin ce sentiment auquel j’aspirais depuis tant d’années sans jamais pouvoir l’atteindre, le palper. Avant je pouvais juste l’effleurer. Bref, mon présent était parfait. Chaque seconde représentait tout ce que je connais de plus beau : la sensation d’être utile, la mer déchaînée depuis une falaise, la vue des étoiles en fumant une cigarette au bord de mer, une femme qui dort … Ne rien faire, regarder les nuages passer, allongé dans l’herbe. Imaginer des batailles épiques, des dragons attaquant une forteresse volante, voir les scènes que notre imagination produit. Celles qui nous libèrent, nous rendent plus légers, plus humains. La perfection en somme. Je me sentais Dieu, un être surhumain, invincible, capable de tout. Elle me transformait.
Mon futur se trouvait dans mes rêves. Nous un an après, toujours main dans la main, avançant dans la rue avec une aura autour de nous. Nous, projetés 5 ans après, dans notre appartement sur Paris toujours autant amoureux, avec une foule de projets, une foule de crédits et toujours cette sensation intense. Puis nous, 10 ou 15 ans plus tard avec déjà 2 ou 3 enfants, dont une fille avec une grâce et une beauté inouïes, la grâce de sa mère et une beauté d’un autre monde, elle s’appelle Enora. Toujours le bonheur, toujours nos rêves… Et enfin nous en fin de vie. Vieillissant ensemble, finissant notre vie soit en Bretagne, dans une maison sur une falaise, soit en Espagne, là où la chaleur et la grâce catalanes prennent toute leur ampleur, là où elle semble encore plus complète, là où son visage redevient celui de notre jeunesse. Elle est comme une enfant dans son pays natal. Nous sommes sur une chaise, ma main sur la sienne en regardant la mer. Et là je me réveille. C’est étrange, mais je me rends compte que durant toutes ces époques de notre vie, elle n’a pas changé. Elle avait quelques rides bien sûr, mais elle était toujours la même, elle avait toujours 20 ans à mes yeux. Elle restait bien plus belle et attirante que toutes les autres. La plus belle créature de Dieu. Cette aura qu’elle dégageait était toujours présente et baignait mon âme de sa chaleur et de son charme naturels, ce qui rendait les hommes fous d’elle. Voilà notre futur, mon utopie. Celui que j’aurai du avoir avec elle. Je pourrais disserter des heures sur ces rêves mais ça n’apporterait rien de plus. A cette époque, aucune ombre n’obscurcissait mes songes.
Quant au fait qu’elle était aussi mon passé, c’est une notion un peu plus complexe, ce n’était pas seulement un fantasme de mes nuits, mais une auto persuasion que je me suis infligée. Tout à coup, il m’a semblé évident que c’est elle que j’attendais. Comme si j’étais un prince charmant dans une tour et qu’elle était la princesse qui viendrait me sauver. Je suis l’antithèse du héros des contes de fées, mais ça transmet assez bien l’idée. Elle est tout à coup devenu l’ange qui veillait sur moi depuis tout petit alors qu’elle n’existait pas avant. Je me suis automatiquement créé de nouveaux souvenirs sans me forcer le moins du monde, c’est venu subitement, comme ça. J’avais grandi avec le fantôme de sa présence, sans l’avoir jamais vu. Mon réel passé avec elle c’est le lycée. Je l’ai vu, je lui ai parlé quelques fois mais elle me paraissait banale. Elle chantait bien mais elle me semblait flambeuse, prétentieuse, arrogante… Comme quoi, notre amour n’a jamais eu aucun rapport avec le coup de foudre, mais était bien plus fort que ça. Donc je ne l’appréciais pas spécialement et rien en elle ne m’attirait plus que ça. Etrangement et sans savoir pourquoi, quand on me demandait si je portait quelqu’un dans mon cœur, ou en étant plus proche de la réalité, si j’avais « quelqu’un en vue », ma réponse était toujours la même : non. Mais dans ma tête c'est son image qui apparaissait tout de suite. A cette époque je ne connaissais même pas son prénom. Donc je chassais vite cette idée de ma tête, toujours sans rien comprendre à l’intervention de cette apparition.
Je n’ai jamais cessé de penser à tout cela depuis plus de 2 ans. Mais je pense que j’ai enfin réussi à extraire ces pensées, ces images de mon esprit, les seules qui n’avaient jamais été posées sur un bout de papier, les positives. C’est assez étrange d’ailleurs de me dire que toutes ces pensées et le plus souvent ces souffrances que j’ai accumulées tiennent sur une chose aussi futile qu’un morceau de papier. Mon bonheur a engendré ma souffrance, ma souffrance a engendré des réflexions et ces réflexions se retrouvent sous mes yeux à chaque fois que je décide de les laisser vivre par elles-mêmes, à travers mes écrits. C’est comme un enfant que je mettrais au monde. Ma souffrance arrive d’un coup, puis mûrie, se métamorphose et devient le centre de mes réflexions. Soit ça s’arrête là, soit le processus continue jusqu’à ce que les métamorphoses amènent mes pensées à être constructives, optimistes et sortent par elles-mêmes, en mettant dans l’ombre la douleur et en privilégiant le rêve, l’utopie, l’avenir. Jusque là, j’ai cru que seule la souffrance pure pouvait rendre un texte beau. Et bien, il semblerait que je me sois trompé. L’utopie et le rêve, si ils ne sombrent pas dans le romantisme niais et sirupeux peuvent rendre le même texte meilleur, en passant du beau au sublime. Je ne dis pas là que la souffrance ne doit pas être présente pour qu’un écrit atteigne cet état. Je pense toujours que la souffrance y tient une place capitale, voire indispensable. Mais ce n’est plus de la souffrance pure. Je ne sais pas réellement si c’est parce que je veux changer mes écrits que j’arrive à cette pensée ou si c’est suite à une réflexion logique et objective. Il me semble donc qu’il faut souffrir pour écrire, justement pour ne pas tomber dans la niaiserie ignare et hypocrite, mais cette souffrance ne doit pas s’arrêter au niveau de la douleur : elle doit évoluée. Se transformer, se construire, vivre par elle-même au sein des méandres de nos esprits afin de trouver sa vraie voie. En restant obsédé par cette douleur, nous empêchons toute objectivité à notre esprit. Seule la conscience propre d’une pensée permet de la rendre belle lorsqu’elle part d’une douleur. Du moins c’est le cas pour moi, en tant que pessimiste invétéré, et si je n’y arrive pas dans mes écrits, je l’ai remarqué chez d’autres.
Dès qu’une pensée contient à la fois souffrance et utopie, elle sublime tout, cette douleur devenue rêve créer un réel univers auprès duquel on peut se réfugier et se retrouver. Un jour quelqu’un m’a dit d’un amour qu’il « a l’énorme avantage d’être à la fois unique et universel ». C’est en ça qu’il est beau et sublime. Dans un cas comme celui là, cet amour n’est plus une prétention, mais devient une chose accessible à tous, que tous connaissent. Mais malheureusement, la plupart n’ont jamais fait que l’effleurer. Si cet amour qui est unique en sincérité, en pureté et en force leur était jusqu’à présent inaccessible, il le devient et devient universel du seul fait de son existence, de sa conscience et de sa vie que le lui ai laissé en l’écrivant.
Aujourd’hui tout est différent, l’amour que je lui portais aux premiers jours n’a plus rien à voir, même si il est toujours présent. Malgré toutes mes peurs, malgré toutes mes appréhensions quant à mon avenir et à mon destin, j’ai recommencé à vivre et il y a quelques jours. Je suis à l'aube d'un nouvel espoir et la roue s’est remise à tourner.
Par Finwë, Mardi 12 Septembre 2006 à 01:37 GMT+2 dans Finwë (article, RSS)



